Astronomy Domines

 

Words by Sébastien Leroy · Photographs by Thomas Candela and Sébastien Leroy

 

Lorsqu’on se penche sur une image de la Lune ou qu’on l’observe avec un télescope, la première chose qui peut frapper l’observateur est la constellation de cratères qu’on trouve à sa surface. Bien que théoriques, ces impacts de météorites seraient l’héritage d’une période de l’histoire de notre système solaire nommée par la communauté scientifique « Grand bombardement tardif ». Dénué d’atmosphère et d’eau à l’état liquide, les processus d’érosion à l’œuvre sur Terre n’ont pas lieu sur notre satellite et ont laissé de profondes cicatrices. L’un de ces processus d’érosion a façonné la vallée d’Ordesa, qu’on appelle communément vallée glaciaire ou vallée en auge. Ordesa n’est autre que le fruit de la dernière glaciation planétaire lorsque les Pyrénées n’étaient alors qu’un vaste champ de glace, il y a environ 20 000 ans. Une période interglaciaire court depuis cette époque et a fait fondre les glaciers qui recouvraient autrefois la vallée pour laisser place à ces paysages somptueux.

When looking at an image of the moon or observing it with a telescope, the first thing that the observer can find striking is the constellation of craters found on its surface. Although theoretical, these meteorite impacts would be the legacy of a period in the history of our solar system named "Late Heavy Bombardment" by the scientific community. Deprived of atmosphere and water in the liquid state, the erosion processes at work on Earth do not take place on our satellite and have left deep scars. One of these erosion processes has shaped the Ordesa Valley, commonly referred to as a glacial Valley or U-shaped Valley. Ordesa is nothing but the fruit of the last global glaciation, when the Pyrenees were then only a vast ice field, about 20 000 years ago. An interglacial period has been running since that time and melted the glaciers that once covered the valley to give way to these sumptuous landscapes.

 La vallée d'Ordesa, et le Mont Perdu en haut à gauche qui culmine à 3355 mètres d'altitude.

La vallée d'Ordesa, et le Mont Perdu en haut à gauche qui culmine à 3355 mètres d'altitude.

 
 

Notre planète est exposée depuis sa création il y a plus de 4 milliards d’années à des fluctuations de son climat. Ces ères géologiques, qui peuvent être chaudes ou froides, sont nombreuses dans l’histoire de la Terre. Les paléoclimatologues ont trouvé de nombreuses traces de ces périodes géologiques, dont des dernières glaciations anciennes comme celles de Pongola (environ -2,9 milliards d’années), du Cryogénien (environ -700 millions d’années), ou encore du Karoo (environ -300 millions d’années). Bien que les origines de ces périodes paléoclimatiques ont été âprement débattues par les spécialistes, il est aujourd’hui admis que les glaciations du Quaternaire (-2,5 millions d’années à aujourd’hui) trouvent leur source dans la variation des paramètres orbitaux de la Terre au fil du temps. Ces paramètres se composent de l’excentricité, de l’obliquité, et de la précession des équinoxes. Pour bien comprendre, les variations de ces paramètres orbitaux au cours du temps peuvent avoir une incidence sur l’ensoleillement reçu à la surface de la Terre, ce qui peut entraîner des modifications du climat.

 
 

Since its creation more than 4 billion years ago our planet has been exposed to several fluctuations of its climate. These geological eras, which can be hot or cold, are numerous in the history of the Earth. Paleoclimatologists have found many evidences of these geological periods, including some of elder glaciations such as those of Pongola (about 2.9 billion years ago), Cryogenian (about 700 million years ago), or even Karoo (approximately 300 million years ago). Although the origins of these paleoclimatic periods have been highly debated by specialists, it is now recognized that the Quaternary glaciations (2.5 million years ago to nowadays) have their source in the variation of orbital parameters of the Earth over time. These parameters consist of the eccentricity and the obliquity of the ecliptic of our planet, as well as the precession of the equinoxes. To understand this : changes in these orbital parameters over time can affect the amount of sunlight received on the Earth's surface, which can lead to changes in the climate.

 
 
 
 

Quatre périodes glaciaires, séparées par des périodes interglaciaires, se sont succédées lors des 600 000 dernières années qui viennent de s'écouler. Elles portent les noms de Günz, Mindel, Riss et Würm, et la dernière s'est achevée voici 11 600 ans. Ces glaciations ont produit des inlandsis, des calottes glaciaires et le développement de langues glaciaires qui ont couvert et érodé de nombreuses montagnes. L’épaisseur de la glace, parfois jusqu’à plusieurs kilomètres, a raboté certains reliefs ou entamé le sol de manière spécifique. Dans le cas qui est le nôtre, celui du massif des Pyrénées, les dernières périodes de glaciation ont entraîné la création de glaciers de montagne par un abaissement généralisé des températures à la surface de la planète. Aujourd’hui, alors que nous sommes dans une période interglaciaire, l’élévation des températures a progressivement fait disparaître les glaciers d’autrefois qui ont fondu sous l’effet de la chaleur, et ont laissé place à de nombreuses vallées alpines. Comme s’il s’agissait d’une signature, les vallées ayant subi l’influence des grands glaciers quaternaires ont un profil transversal en forme de U, et un profil longitudinal qui présente une série de ressauts. La vallée d’Ordesa présente non seulement ces profils, mais elle possède également un fond plat séparé par des barres rocheuses qui entaillent des gorges sauvages. En outre, les versants de la vallée sont abrupts jusqu’à s’adoucir pour former un épaulement et on y retrouve une cascade qui se précipite d’un seuil dominant le fond de la vallée. Autant de signatures géomorphologiques qui ne laissent aucun doute quant à la genèse de cet édifice naturel.

 
 
 Processus d'érosion des vallées Alpines, Cécilia Bernal

Processus d'érosion des vallées Alpines, Cécilia Bernal

 
 

Four glacial periods separated by interglacial periods have succeeded one another during the last 600,000 years. They bear the names Günz, Mindel, Riss and Würm and the last one was completed 11,600 years ago. These glaciations produced ice sheets, ice caps and glacial tongues that covered and eroded many mountains. The ice thickness, sometimes up to several kilometers, has flattened some reliefs or soiled the ground in a specific way. In our case of the Pyrenees massif, the last periods of glaciation by a generalized lowering of temperatures on the surface of the planet have led to the creation of mountain glaciers. Today, in an interglacial period, the rise in temperatures has gradually removed the glaciers of yesteryear that have melted under the effect of heat and have given way to many alpine valleys. As if it were a signature, valleys that have been influenced by large quaternary glaciers have a U-shaped cross section and a longitudinal profile with a series of projections. The Ordesa Valley not only presents these profiles but also has a flat bottom separated by rocky bars that cut into wild gorges. In addition, the slopes of the valley are steep until softened to form a shoulder and there is a waterfall that flows from a promontory overlooking the valley floor. So many geomorphological signatures leave no doubt as to the genesis of this natural building.

 
 
 
 

Côté randonnée nous étions basés à Huesca, ville moyenne de 50 000 habitants dans la communauté autonome d’Aragon. Cette petite citée nous a servi de camp de base pour nos diverses sorties dans la région au mois de janvier 2018. Après environ 1 heure 30 de route et 100 kilomètres parcourus, nous sommes arrivés sur le parking de la vallée après avoir traversé le village de Torla-Ordesa qui culmine à 1000 mètres d’altitude. Cette marche réputée facile a tout de même été sportive dans la mesure où il y avait de la neige et que nous avions fait le choix de passer outre les raquettes. Depuis le parking de la vallée, à environ 1300 mètres d’altitude, c’est une randonnée d’environ 2 heures 30 qui vous attendra pour atteindre le cirque de Soaso, perché à 1800 mètres d’altitude. Sur le parcours aller et retour d’un peu plus de 15 kilomètres vous serez entourés par de hautes lignes de crêtes ainsi que la forêt sur une bonne partie du chemin. En effet, celle-ci disparaît progressivement une fois dans la vallée. Vous découvrirez avec émerveillement la cascade de la Cola del Caballo en toute fin de parcours, un endroit agréable pour casser la croûte. Pour les plus sportifs il est possible d’atteindre le Mont Perdu, point culminant du massif en passant par le refuge de Goriz.

 
 

Regarding the hike, we were based in Huesca, an average town of 50,000 inhabitants in the Autonomous Community of Aragon. This small city served as a base camp for our various trips to the region in January 2018. After about 1 hour 30 minutes and 100 kilometers, after crossing the village of Torla-Ordesa which rises to 1000 meters altitude, we arrived at the parking lot of the valley. From the parking in the valley about 1300 meters above sea level, it is a hike of about 2 hours and 30 minutes to reach the circus Soaso perched at 1800 meters above sea level. On the round trip of a little more than 15 kilometers you will be surrounded by high ridges and by the forest on a good part of the way. Indeed, the forest disappears gradually once in the valley. You will then discover with wonder the waterfall of Cola del Caballo at the very end of the course, a nice place to have a snack. For the most athletic it is possible to reach Mount Perdu, the highest point of the massif passing by the Goriz hut.

 
 
 Village de Torla-Ordesa, Espagne

Village de Torla-Ordesa, Espagne

 
 
ReportageSébastien Leroy