La Muralla Roja

 

Words by Morgane Erpicum · Photographs by Morgane Erpicum

 

Un jardin d’Eden qui prend des allures de forteresse au style de casbah, voilà l’oeuvre de Ricardo Bofill, architecte espagnol aussi connu en France pour le quartier d’Antigone à Montpellier, ou encore les espaces d’Abraxas à Noisy-le-Grand. Faisant face à la mer Méditerranée, la Muralla Roja est un complexe touristique d’une cinquantaine d’appartements qui trouve ses fondations dans le sol de la ville de Calpe, sur la côte espagnole. En janvier 2017, la talentueuse Morgane Erpicum, coutumière des vastes espaces naturels, a décidé de se frotter à l’édifice et de livrer sa propre interprétation du lieu à travers son médium, la photographie argentique.  

A garden of Eden looking like a « casbah style » fortress, this is Ricardo Bofill’s piece of art. The spanish architect is also famous in France for Antigone’s district of Montpellier or Abraxas areas in Noisy-le-Grand. La Muralla Roja facing the Mediterranean sea is a tourist complex of about 50 apartments which has its foundation in the city of Calpe on the Spanish coast. On January 2017 the talented photographer Morgane Erpicum who’s usually more involved in large natural spaces decided to deal with this unique building and place to find her own interpretation throughout her favorite medium, film photography.

 L'oeuvre de Bofill et la mer Méditerranée, Calpe

L'oeuvre de Bofill et la mer Méditerranée, Calpe

 
 

Notre Fiat jaune file à toute vitesse le long des routes sinueuses de la ville endormie de Calpe. Il est 9 heures du matin. Le vent est frais, car après tout nous ne sommes encore qu’au mois de janvier. L'odeur des orangers chargés de fruits mûrs qui tapissaient les rues nous mettait l'eau à la bouche. Avec un mélange d’appréhension et d’excitation mon coeur palpitait lorsque j’aperçus le premier morceau du bâtiment se détacher des eaux turquoises et chatoyantes de la Méditerranée. Nous nous sommes garés devant les portes, puis nous avons cherché un moyen d'entrer. Finalement nous sommes parvenus à trouver la personne qui devait nous accueillir et nous remettre nos clés.

Our yellow Fiat whizzed along the winding roads of the sleepy town of Calpe. It was about 9 in the morning. The wind was still fresh – it was January, after all – and the smell of the orange trees laden with ripe fruit lining the streets made our mouths water. My heart leapt into my chest with a mixture of apprehension and excitement when I caught the first glimpse of the building against the shimmery turquoise waters of the Med. We parked in front of the gates, looked for a way in. We eventually managed to find the lady who was to show us around and give us our keys.

 
 
 

Mon travail photographique a toujours été naturellement axé sur les paysages, et capturer l’architecture lors de ce trip était certainement pour moi une manière de sortir de ma zone de confort. La perspective de mettre en valeur une telle beauté m’apportait un grand plaisir car j’ai toujours eu un vif intérêt pour l’architecture contemporaine. Malgré tout, un lourd sentiment d’inadéquation flottait dans l’air. Sans formation formelle je me sentais illégitime d’essayer de représenter un tel chef-d’oeuvre de mon point de vue de profane. Pourtant, je tenais à me défier personnellement. Je décidais une bonne fois pour toute de laisser aller ma conscience afin de tirer le meilleur de cette opportunité. J’allais expérimenter des nuances plus audacieuses, jouer sur des contrastes plus forts, et découper des angles plus tranchants.

La Muralla Roja a toujours été sur ma liste de choses à voir. Fière comme une forteresse perchée sur une falaise, elle évoque clairement l'architecture islamique et les bâtiments mauresques. J'ai beaucoup d'admiration pour Riccardo Bofill, l'architecte de ce projet, dont les capacités à intégrer les bâtiments dans leur environnement naturel et urbain sont incomparables. J'ai envoyé une enquête à l’entreprise Bofill, m'interrogeant sur les opportunités de visiter le site sans m’y introduire par effraction. Heureusement, en 2016, nous avons pu réserver un appartement du complexe pour y séjourner. Nous avons décidé d'y aller en début d’année 2017 en espérant avoir un ciel sans nuages et des températures clémentes.

 
 

As my main body of work focused on landscapes, photographing architecture definitely was meant to get me out of my comfort zone. The thought of showcasing such beauty brought me great pleasure, as I’d always had a keen interest for modern architecture – but it came with a heavy sense of inadequacy. With no formal training, it felt illegitimate to try to depict such a masterpiece from my inexperienced perspective. Still, I was keen to challenge myself. I decided once and for all to let the self-consciousness go in order to get the most out of this learning opportunity and experiment with bolder shades, harsher contrasts and sharp angles.

The Moralla Roja had always been on my bucket list. Proud as a fortress sitting high on a cliff, it clearly evokes islamic architecture and moorish buildings. I have a great deal of admiration for Riccardo Bofill, the architect of this project, whose abilities to seamlessly integrate buildings into both their natural and urban surroundings are unparalleled. I had sent an inquiry to Bofill’s firm, wondering about opportunities to visit without trespassing. Luckily, as 2016 came to an end, an apartment of the complex became available for rent on Airbnb. We decided to go early in 2017 – keeping our fingers crossed for cloudless skies and balmy temperatures.

 
 
Muralla Roja 11 (Mediterranean Citizens Story).jpg

Le mur rouge

Calpe

Muralla Roja 19 (Mediterranean Citizens Story).jpg

Toit avec vue

Méditerranée

 
 

J'ai littéralement passé deux jours à monter et descendre les nombreux escaliers de la Muralla Roja, chassant la lumière et des motifs intéressants. Partout où j’ai pu poser le regard je n’ai trouvé que beauté. Bofill a réussi à réinterpréter la structure de la casbah d'une manière provocatrice et minimaliste en dépouillant la construction d’ornements et en se concentrant sur un modèle d'escalier.

I literally spent two days going up and down the many staircases of the Moralla Roja, chasing light and interesting patterns. Everywhere I looked was a feast for the eyes; by stripping the building of ornaments and concentrating on a staircase pattern, Bofill managed to reinterpret the structure of the casbah in a playful and minimalistic way.

 
 

Avec cette série de photographies, je tends à illustrer la propre vision de la casbah de Bofill tout en mettant en valeur le minimalisme exotique hypnotisant de la Muralla. Je voulais aussi souligner la beauté discrète de la nature en la contrastant avec des angles droits et des motifs géométriques.

With this body of work, I aimed to illustrate Bofill's own vision of the casbah while showcasing the Moralla's hypnotising exotic minimalism. I also wanted to emphasise nature's understated beauty by contrasting it with man-made straight angles and geometric patterns.

 
 
 Contraste, Calpe

Contraste, Calpe

 
 

Alors que certaines images appelaient une lumière de midi et un fort contraste, je sentais que certaines textures de l'architecture bénéficieraient surtout de photographies claires et lumineuses. Les couleurs douces semblaient plus propices à la création lorsque je me concentrais sur les patios, les cours intérieures, les escaliers et les niches de l’édifice. Après tout, Bofill voulait que les intérieurs de la Muralla soient peints en bleu, en indigo et en violet, couleurs qui évoquent toutes la mer et le ciel, en contrastant le tout avec des façades extérieures de couleur rose et rouge. Cela a grandement éclairé le développement des négatifs car que nous avons essayé de donner aux images un ton plus froid pour faire ressortir les nuances de bleu de l'eau, et les couleurs pastel des bâtiments.

 
 

While some images called for midday-light and strong contrast, I felt that some of the architecture's textures would benefit mostly from airy, bright photographs. Softer colours seemed especially paramount when focusing on the inner patios, courtyards, stairs and niches of the complex. After all, Bofill wanted them painted in blue, indigo and violet tones, all reminiscent of the sky and the sea – and wonderfully setting off the pinks and reds of the facades and outside structures. This greatly informed the scanning of the negatives as we tried to give the images a colder look to bring out the shades of blue of the water and pastel colours of the buildings.

 
 
 Palmiers, Muralla Roja

Palmiers, Muralla Roja

 Abstrait, Muralla Roja

Abstrait, Muralla Roja

 Escalier, Muralla Roja

Escalier, Muralla Roja

 

À propos
Cette série de photographies a été réalisée au mois de janvier 2017 à l’aide d’un appareil photo argentique au format 35mm. Le travail sera exposé en juin 2018 à Bruxelles et sera un élément d’une exposition plus large dont le thème est l’Art contemporain et urbain, événement organisé par Millon Auction House. Shooter avec de la pellicule est un processus d’apprentissage qui demande de relever un certain nombre de défis. Les principaux étant d’apprendre à mettre de côté ses attentes et d’acquérir la patience nécessaire. Depuis 2015, Morgane se délecte du rythme imposé par la photographie argentique que l’on ne peut précipiter. Sans pour autant avoir le temps de se laisser distraire, il faut être dans l’instant, le temps paraît s’arrêter dans l’attente du timing parfait pour déclencher -  les poses sont limités et chacune d’entre elle est précieuse. Cette rareté se ressent dans la concentration dont Morgane fait preuve avant chaque photo, comme dans le sentiment de petitesse qu'elle éprouve face aux spectacles monumentaux et la vastitude à laquelle nous confronte la vision de ses clichés. Des scènes immortalisées là où la vie est sur le point de disparaître, dans des lieux vulnérables où le silence assourdissant prend toute la place, sans laisser au contemplateur d’autre choix que de s’en imprégner pleinement.

About
This series was shot in January 2017 on 35mm film at La Muralla Roja, a housing project built by Riccardo Bofill in 1968 in Calpe, Spain. 
The works will be exhibited in June 2018 in Brussels as part of a group show on contemporary and urban art put together by the Millon Auction House. Shooting film is a slow learning process that comes with its fair share of challenges. One has to let go of expectations and learn patience with this medium. Since 2015, Morgane has been revelling in the pace and rhythm of analogue photography. It cannot be rushed. One cannot afford to be unfocused; you must be in the moment, and each moment seems elongated as you are made to wait for the perfect shot - for exposures are finite, and each is precious. This preciousness is portrayed both in the attention with which Morgane captures moments, and our own human delicacy when compared to the monumental spectacles and vastness so often showcased in her work. Spectacles at the most extreme limits of where life can be found; vulnerable places where the thunderous silence leaves no room for uncertainty, no choice but to immerse oneself, totally, in their true essence.

 

To know more about Morgane, check her website or Millon and follow her on Instagram.