The diving reflex

 
 

Interview with Morgan Bourc’his
Photographs by Andy Parant, Daan Verhoeven, Franck Seguin, Jean-Charles Granjon, Lionel Makaeiff, Michael Kaziales, Sylvain Bes

 
 

Le destin d’un individu est souvent scellé durant son enfance. Rien n’est plus vrai pour celui qui va basculer de la raquette des terrains de basket aux abysses. Des premières immersions dans le petit bassin jusqu’aux championnats du monde d’apnée, Morgan Bourc’his a depuis avalé un grand nombre de descentes. Cet adorateur de l’eau a même consacré son cursus universitaire à l’étude de la physiologie cardiovasculaire pour comprendre les mécanismes à l’oeuvre lorsqu’il s’enfonce dans les profondeurs.

A man's destiny is often determined during his childhood. This is particularly true for the man who would switch from the basketball courts to the abyss. From his first dives in the small pool to the world freediving championships, Morgan has been on a lot of trips to the depths. This water lover has even devoted his university cursus to the study of cardiovascular physiology to understand the mechanisms at work when he dives.

Photo : Franck Seguin - Immersion au large des îles de Moyades, Marseille

Morgan, peux-tu nous évoquer tes premières immersions à la piscine municipale de Joué-Lès-Tours ? Quels souvenirs te viennent ?

Les premiers souvenirs qui me viennent, et j’en ai encore des images, c’est qu’au départ je ne suis pas forcément très à l’aise dans l’eau. C’est un milieu qui pour moi n’était pas maîtrisé du tout. Je me vois encore faire des allers-retours dans le petit bassin, où tout le monde a pied, à tenter de mettre en application ce que le maître-nageur nous demandait de faire. Je ressentais une forme de crainte, une forme de peur, c’est un milieu que je ne comprenais pas. C’est l’une des toutes premières images qui me revient pour le côté piscine. Pour la suite de ma découverte du milieu aquatique d’autres images apparaissent, comme l’apprentissage de la natation avec un groupe, la succession des entraîneurs, ou encore l’arrivée de Jean-Louis Béraudi qui a participé à ma formation de nageur.

Lorsque tu étais adolescent tu partais souvent en voyage faire le tour des îles méditerranéennes avec tes parents. C’est un déclic de plus qui va te mener de la raquette des terrains de basket vers les abysses ?

Oui, cet accès à la mer m’a véritablement influencé. Ces voyages étaient assez éphémères car se tenant sur une période assez courte durant l’été (deux ou trois semaines), mais ce rendez-vous estival, dans un lieu différent à chaque fois, m’a marqué. La Méditerranée est le carrefour de nombreuses civilisations où les cultures s’entremêlent, donc j’ai beaucoup de paysages, d’odeurs, de couleurs et de lumières qui sont encore enfouis en moi. Je suis en quelque sorte imprégné par un mélange de toutes ces cultures avec comme point d’orgue cette mer. Elle est chargée d’une symbolique très forte à mes yeux, qui va au-delà du simple fait qu’il s’agisse d’un environnement dans lequel tu peux plonger et t’évader.

1999. Il s’agit d’une année spéciale pour toi ?

Si je me souviens bien il s’agit de l’année où je débute l’apnée en piscine, à Poitiers, où je découvre cette pratique pour la première fois en tant que sport. Je redécouvre néanmoins cette activité que je connais et que j’ai pratiqué, pas encore sur le versant sportif, mais comme loisir estival. À cette époque je suis en cursus universitaire lié au sport, avec une spécialité en physiologie, et j’ai déjà un parcours de basketteur de douze ans derrière moi, dont une période à haut niveau jeune. Je me précipite dans la pratique de l’apnée avec ces références en terme de performances et avec toute cette influence sportive, qui vont m’apporter un supplément de motivation dans la découverte des possibilités du corps liées à cette discipline. On peut dire que je me lance dans cette pratique avec un état d’esprit tourné vers les défis. Le premier pour savoir ce que sont mes performances dans ce domaine, et le second pour étudier le corps humain et une partie de la physiologie humaine : la physiologie cardiovasculaire. La thématique devient un sujet d’étude pour mon mémoire de 4ème année et je deviens mon propre cobaye par la même occasion. L’apnée devient une démarche globale : recherche, performance, compréhension.

Morgan, can you tell us about your first dives at the municipal swimming pool in Joué-Lès-Tours? What memories do you have?

The first memories, and I still have some images that come back to me, are that at first I was not necessarily very comfortable in the water. This was an environment that I did not know how to deal with at all. I can still see myself going back and forth in the small pool, where everyone could walk, trying to implement what the lifeguard was asking us to do. I felt a form of fear, this was an environment I could not understand. It's one of the very first images that comes back to me about the pool. Regarding the rest of my discovery of the aquatic environment, other images come to my mind, such as learning to swim with a group, the succession of coaches and the arrival of Jean-Louis Béraudi who has been involved in my swimmer's training.

When you were a teenager you often went on trips around the Mediterranean islands with your parents. Was it one more step that led you from the basketball courts to the abyss?

Yes, this really influenced me. These trips were quite ephemeral because they were held over a fairly short period of time during summer (two or three weeks). But this summer appointment in a different place each time had an impact on me. The Mediterranean is the crossroads of many civilizations where cultures are intertwined, so I still remember numerous and different landscapes, smells, colours and lights. In some sense I am imbued with a combination of all these cultures with this sea as the centrepiece. It has a very strong meaning to me, beyond the simple fact that it is an environment in which one can dive and escape.

1999. Is this a special year for you?

If I remember correctly, this is the year I started freediving in the pool in Poitiers where I experienced this practice as a sport for the first time. Nevertheless, I rediscovered this activity that I knew and I had practiced as a summer pastime. At that time I was in a university sports program, with a specialization in physiology, and I already had twelve years' experience as a basketball player, including a period at a high level as a young athlete. I rushed into the practice of apnea with these standards in terms of performance and with all this sporting influence. This would give me an extra motivation to discover the body's possibilities related to this discipline. It is safe to say that I was embarking on this practice with a mindset that was focused on challenges. The first was to know what my performance could be in this field, and the second was to study the human body and part of human physiology: cardiovascular physiology. The theme became a subject of study for my 4th year thesis and I also became my own guinea pig at the same time. Apnea was transformed into a global approach: research, performance, understanding.

Photo : Jean-Charles Granjon - Immersion le long du tombant de Caramassaigne, île de Riou

Photo : Daan Verhoeven - Descente en poids constant sans palmes dans le Dean’s Blue Hole de Long Island lors de la célèbre compétition Vertical Blue, Bahamas

Tu as consacré tes études à la physiologie cardiovasculaire, et comme tu le dis toi-même tu étais ton propre cobaye. Tu nous dis quelques mots ?

J’ai trouvé intéressant, comme je débutais l’apnée et que je m’intéressais à la littérature sur le sujet, de mettre en pratique ce que je lisais. Je me disais que si c’était écrit, ça devait fonctionner. Je ne souhaitais pas remettre en cause la littérature consacrée au sujet, je voulais simplement expérimenter par moi-même les adaptations et les transformations de la physiologie humaine. Je voulais les ressentir, non pas par le biais de la connaissance mais par le sensitif.

Le sport que tu pratiques est l’apnée en poids constant sans palmes. C’est quoi exactement ?

En réalité je pratique toutes les disciplines de l’apnée. L’apnée statique consiste par exemple à retenir sa respiration le plus longtemps possible sans bouger. Nous sommes sur un paramètre de temps. L'apnée dynamique c’est parcourir la plus longue distance dans un bassin en étant immergé, avec ou sans palmes. Ici, c’est le paramètre de distance qui prime. Et puis arrive le paramètre de la profondeur, qui lui se joue généralement en mer, car de nos jours les apnéistes atteignent de grandes profondeurs. Même si il existe des piscines avec ce qu’on appelle des « fosses », dont la plus profonde atteint 42 mètres, aujourd’hui les athlètes descendent à plus de 100 mètres. En mer, il y a donc également plusieurs disciplines. Le poids constant est la discipline reine qui consiste à descendre et à remonter le long d’un câble guide, sans le toucher, avec des palmes aux pieds. Le poids constant sans palmes est une autre discipline qui se nage à la brasse et dont les règles sont identiques, hormis le fait que l’apnéiste ne porte aucun matériel aux pieds. On pourrait dire que c’est la pratique la plus pure. C’est ma discipline de prédilection car ancien nageur et spécialiste de la brasse, donc ça tombe plutôt bien. Il existe également ce que l’on nomme « l’immersion libre », qui autorise l’apnéiste à se tracter le long du câble pour descendre et remonter.

You studied cardiovascular physiology, and like you said you were your own guinea pig. Can you tell us a few words about it?

As I was a beginner in apnea and interested in literature on the subject, I thought it was interesting to put into practice what I was reading. If something was written, it had to work. My will wasn’t to question the documentation on the subject, I just wanted to experience for myself the adaptations and transformations of human physiology. I wanted to feel them, not through knowledge but through sensitivity.

The discipline you practice is constant weight apnea without fins. What exactly is this?

I actually practice all the disciplines of apnea. Static apnea, for example, involves holding your breath as long as possible without moving. The parameter is time. Dynamic apnea is about the longest distance you can cover in a pool when you are immersed, with or without fins. In this case, the distance takes precedence. And then comes the depth parameter, which is usually used at sea, because nowadays apneists reach great depths. Although there are pools with "pits", the deepest reaches 42 meters but today athletes are diving deeper than 100 meters. At sea, there are therefore also several disciplines. Constant weight is the queen discipline which consists of going down and up along a guide wire without touching it, with fins on your feet. The constant weight without fins is another discipline with identical rules, except that the freediver does not wear any equipment on his feet and swims the breaststroke. One could say that this is the purest practice. This is my favourite discipline because I am a former swimmer and breaststroke specialist. There is also what is called "free immersion", which allows the freediver to pull himself along the cable to go down and up.

 
 

Les sports d’endurance comme la natation, le vélo, ou encore la course à pied, sont des sports dans lesquels on respire et on utilise de l’oxygène pour produire son énergie. Alors que nous, en apnée, on doit habituer notre corps à interrompre la respiration et à utiliser un volume d’oxygène qui est réduit et fermé.

 
 

On ne devient pas double champion du monde par hasard. Comment se structure une semaine d’entraînement type et ton hygiène de vie ?

Lorsque je suis en phase de préparation optimale, c’est-à-dire quand je ne suis pas en reprise, ni en période d’affûtage, ou en phase de décélération, je m’entraîne entre 15 et 20 heures par semaine avec des activités qui s’orientent autour de l’apnée. Il y a donc bien évidemment des entraînements en piscine, des entraînements en mer, mais il y a également des entraînements en salle à base de musculation qui peuvent aussi se faire en apnée. Dans ce cas on utilise des ergocycles ou des rameurs qui reproduisent un effort en apnée. On retrouve également de la musculation plus classique, de la natation pour le travail des appuis, et en début d’année des phases de course à pied pour travailler la préparation physique générale. Au bout d’un moment, pour être un bon apnéiste, il faut faire de l’apnée. Les sports d’endurance comme la natation, le vélo, ou encore la course à pied, sont des sports dans lesquels on respire et on utilise de l’oxygène pour produire son énergie. Alors que nous, en apnée, on doit habituer notre corps à interrompre la respiration et à utiliser un volume d’oxygène qui est réduit et fermé. On doit donc en utiliser le moins possible. Les voies métaboliques employées sont différentes, on dit que ce sont des voies anaérobies. C’est-à-dire que nous produisons de l’énergie par d’autres circuits métaboliques qui n’utilisent pas d’oxygène, ou très partiellement. C’est ce type d’entraînement qu’il faut privilégier. Après, en terme de rythme, ce sont des entraînements quotidiens, voire bi-quotidiens, qui peuvent durer entre une heure et 3 heures suivant leur nature. Ils s’échelonnent quasiment sur 7 jours.

Peux-tu nous parler des 10 minutes qui précèdent une immersion dans les profondeurs lors d’une compétition ? Quelles sont les étapes de la préparation ?

Lorsque je suis en compétition de haut niveau type championnats du monde, épreuves officielles, je n’ai pas de descente d’échauffement avant ma performance. Je ne réalise qu’une seule descente qui est la performance officielle. Le temps qui s’écoule avant l’épreuve est un temps de préparation avec une grosse partie de rituelles pour se conditionner mentalement. Je réalise également des exercices de relâchement sur la ventilation pour accentuer les effets de la concentration et la détente corporelle générale, ce qui a pour objectif d’abaisser le rythme cardiaque et la pression sanguine. Lors des 10 minutes qui précèdent ma descente je suis dans l’eau, en train de respirer très calmement, avant de véritablement franchir le miroir de la surface et de m’immerger à 100 ou 110 mètres de profondeur, selon ma condition du jour. Ces 10 minutes sont paisibles, elles sont pleines de sérénité, et basées sur un mode tourné vers l’économie. Malgré tout, ça ne m’empêche pas durant l’heure avant la descente de réaliser des étirements, de préparer mon corps sur le plan articulaire, ou encore de favoriser la souplesse de ma cage thoracique pour qu’elle accepte plus facilement la compression de l’eau.

You don't get two world championship titles by chance. How is a typical week of training structured and what is your lifestyle?

When I am in the optimal training phase, that is, when I am not in recovery, sharpening or deceleration phase, I train between 15 and 20 hours a week with activities that are related to apnea. Of course there are training sessions in the pool, training at sea, but there are also weight trainings in the gym which can also be done in apnea. In this case, ergocycles or rowers are used to reproduce an apnea effort. There is also more classical weight training, swimming, and at the beginning of the year running phases to work on general physical preparation. But in the end, to be a good apneist, you have to do some apnea. Endurance sports such as swimming, cycling, or running are sports in which you breathe and use oxygen to produce energy. In apnea, we must train our bodies to stop breathing and use a volume of oxygen that is reduced and closed. Therefore, as little as possible should be used. The metabolic processes employed are different. They are called anaerobic processes. Which means that we produce energy through other metabolic circuits that do not use oxygen, or only very partially. This is the type of training that should be preferred. Regarding the rhythm, training sessions are daily, or even bi-daily and can last between one hour and 3 hours depending on their nature. They are spread over almost 7 days.

Can you tell us about the 10 minutes before a dive during a competition? What are the steps in the preparation?

When I am in high-level competition such as world championships I am not allowed to have a warm-up run before my go. I only dive once which is the official performance. The time that elapses before the event is a time of preparation with a large part of rituals in order to get mentally conditioned. I also use relaxation exercises on ventilation to enhance the effects of concentration and general body relaxation, which aims to lower heart rate and blood pressure. During the 10 minutes before my descent I am in the water, breathing very calmly, before really crossing the mirror of the surface and immersing myself to 100 or 110 meters deep, depending on my condition of the day. These 10 minutes are peaceful, they are full of serenity, focused on self-preservation. Nervertheless, during the hour before the descent, that doesn't prevent me from doing stretches, preparing my body on the joint level, or favouring the flexibility of my rib cage so that it can more easily accept the compression of water.

Photo : Jean-Charles Granjon - Immersion dans la grotte Arc-en-Ciel, île Jarre, Marseille

Photo : Michael Kaziales - Immersion sur le reef du Blue Hole de Dahab, Égypte

Comment le corps d’un apnéiste s’adapte-t-il aux contraintes de ce sport ?

Comme on l’évoquait dans la précédente question, l’échauffement dans la discipline est relativement faible (relâchement de la ventilation, étirements, préparation mentale) par rapport à ce que l’on va faire. En effet, il n’y a aucune immersion avant la descente lorsque dans d’autres sports on réaliserait quelques sprints ou tours de stade. Il faut habituer son corps à fonctionner de cette façon et c’est qu’on appelle chez nous le « No warm-up  », c’est-à-dire le sans échauffement. Le milieu de l’apnée s’est aperçu qu’en stressant l’organisme et en le sollicitant de manière brutale, car on va lui demander d’être prêt immédiatement pour réaliser la meilleure performance, il répondait plus fort en terme d’adaptation. On y va cash et l’organisme est prêt pour ce type d’effort car entraîné. Comme il sait qu’on va le stimuler soudainement, il réagit plus vigoureusement et déclenche tous les processus d’adaptation physiologique pour que l’organisme survive dans ces conditions : bradycardie importante, vasoconstriction périphérique élevée, etc. C’est ce qu’on appelle communément le « diving reflex. »

L’ivresse des profondeurs ou narcose est vécue par tous les apnéistes. Qu’en est-il pour toi ?

Étant donné que je suis spécialisé dans une discipline qui est très exigeante physiquement, c’est une pratique dans laquelle on descend un peu moins profondément. Je suis donc moins sujet aux narcoses que ceux qui plongent avec une monopalme en poids constant ou en immersion libre en se tractant, car ils dépassent les 105-110 mètres de profondeur. À ces profondeurs la narcose est beaucoup plus forte. Généralement, elle se déclenche pour nous qui plongeons sans bouteille à partir de 80-90 mètres de profondeur, et elle ne se termine que lorsque nous refaisons surface. Pour les plongeurs avec bouteille c’est différent car en remontant quelques mètres ils peuvent ne plus être narcosés. Une partie de nous est toujours consciente et connectée à la réalité, c’est-à-dire qu’elle sait qu’elle doit remonter à la surface. Alors qu’une autre partie divague dans un certain nombre de délires avec une altération des sens. Des images et des flashs peuvent apparaître, des pensées négatives, voire morbides peuvent se manifester, ça peut parfois être un peu pénible.

Quels ont été les caps les plus marquants de ta carrière de plongeur apnéiste ?

D’un point de vue compétition ma première récompense tombe en 2006, en championnats du monde par équipes, où j’obtiens une médaille de bronze. C’est une confirmation qui me fait me dire que oui j’ai un potentiel, que l'entraînement réalisé est pertinent. Intervient ensuite la consécration en 2008, toujours avec la même équipe, car on se retrouve champion du monde. Cette performance je la réalise avec des amis importants qui sont Guillaume Néry et Christian Maldamé, et on peut dire que ce résultat sportif nous lie à vie. 2013 est un autre tournant de ma carrière car je décroche le titre de champion du monde qui est hautement symbolique. Il me permet, cette fois-ci, de remporter un titre individuel alors que jusqu’à présent j’étais connu pour être un bon coéquipier complet, mais pas forcément bon dans une discipline. Cette récompense m’a permis d’accéder à la vie que j’ai aujourd’hui, c’est-à-dire de vivre de mon image d’apnéiste, d’avoir créé ma société et un projet professionnel autour de cette pratique.

How does the body of an apneist adapt to the conditions of this sport?

As mentioned in the previous answer, the warm-up in the discipline is relatively low (ventilation loosening, stretching, mental preparation) compared to what we are planning to do. Indeed, there is no immersion before the dive while in other sports we would do some sprints or track laps. You have to get your body used to working in this atypical manner and that's what we call "No warm-up". The apnea community has realized that by stressing the body and soliciting it in a brutal way, since we will ask it to be ready immediately to achieve the best performance. It will make the organism respond better in terms of adaptation. We go for it and the body is ready for this type of effort because it is trained. Since it knows that it will be stimulated suddenly it reacts more vigorously and initiates all the processes of physiological adaptation so that it can survive in these conditions: severe bradycardia, high peripheral vasoconstriction, etc. This is commonly referred to as "the diving reflex”.

Narcosis is experienced by all apneists. What about you?

Since I am specialized in a discipline that is very physically demanding, it is a practice in which we go a little less deep. I am therefore less prone to narcosis than those who dive with a monofin in constant weight or in free immersion by pulling themselves deeper than 105-110 meters. At these depths the narcosis is much stronger. Generally, it can happen to us who dive without a tank from a depth of 80-90 meters and it only ends when we re-surface. For scuba divers it is different because when they go up a few meters they may no longer be exposed to narcosis. A part of us is always conscious and connected to reality, aware of the necessity to come to the surface. While another part is delirious with an alteration of the senses. Images and flashes can appear, negative or even morbid thoughts may occur, it can sometimes be a little distressing.

What were the most significant achievements of your career as a snorkeler?

From a competition point of view, my first award came in 2006, I won a bronze medal in the team world championships. It was a confirmation of my potential, that the training was relevant. Then, the consecration took place in 2008, with the same team we became world champion. I made this performance with important friends who are Guillaume Néry and Christian Maldamé. We can say that this sporting result unites us for life. 2013 is another turning point in my career because I won the title of world champion which is highly symbolic. It allowed me to win an individual title whereas until then I was known to be a good complete teammate, but not particularly good in a discipline. This award has allowed me to access the life I have today, i.e. to live from my image as an apneist, to create my company and a professional project around this practice.

Photo : Andy Parant - Immersions dans le lac où furent tournées les séquences sous glace du film de Luc besson Le Grand Bleu à 2000m d’altitude, Tignes

Photo : Andy Parant - Immersions dans le lac où furent tournées les séquences sous glace du film de Luc besson Le Grand Bleu à 2000m d’altitude, Tignes

Photo : Sylvain Bes - Immersion lors de l’événement « Tribute to Jacques Mayol », La Ciotat

Photo : Jean-Charles Granjon - Immersion sur la bouée de Caramassaigne, île de Riou, Marseille

2018 a été marquée par un travail sur ton image à travers de nombreuses conférences, ton rôle d’ambassadeur pour de nombreuses marques, une formation d’État pour l’encadrement professionnel de la plongée en apnée, ou encore de nombreux stages. Est-ce que la compétition va revenir au premier plan en 2019 ?

Et bien oui car je participe aux prochains championnats du monde qui vont se dérouler à Nice en septembre 2019. La compétition est là ! Bien évidemment, je n’ai plus 20 ans et je n’ai donc plus forcément les mêmes attentes. Je prends les notions d’engagement et de résultat avec plus de recul. Je dirais même que je n’ai rien à prouver à personne, mais ça a toujours été le cas, même étant plus jeune. La confrontation avec les autres pratiquants n’a jamais été ce qui m’anime profondément. Je suis évidemment très heureux d’avoir mes titres de champion du monde et d’avoir été devant les autres à un moment précis, ce serait mentir que d’affirmer l’inverse, mais ce n’est pas ce qui me fait vibrer en premier lieu. La connaissance de soi et de ses limites sont des composantes qui résonnent plus. La compétition reste néanmoins un bon moyen de me connaître personnellement, puis d’être au contact d’autres apnéistes car ce sont des lieux d’échange très importants et très festifs.

Arnaud Jerald est un jeune talent très prometteur. Vous êtes en contact ?

Oui, nous sommes en contact ! Il est marseillais comme je le suis quasiment, car j’y vis depuis 20 ans. Arnaud a cette particularité d’avoir été projeté sur le devant de la scène très jeune. C’est quelqu’un de très mature qui aime bien apprendre de ses erreurs et qui est assez autonome dans ses entraînements. On se côtoie finalement assez peu, bien qu’il fasse partie du club que je préside à Marseille, le Massilia Sub. Je sais qu’il est actuellement en Egypte, qu’il s’est entraîné à Nice récemment, qu’il fait beaucoup de VTT en saison hivernale. Il aime bien réaliser son programme un peu seul et mener sa barque comme il l’entend. Arnaud a envie de vivre de la plongée et nous avons donc pas mal échangé sur le sujet ensemble, car je suis l’un des rares à pouvoir le faire en France. Nous avons discuté du sponsoring, des conférences, des activités annexes pour avoir des sources de revenus complémentaires. On peut dire qu’il est en train d’éclore et de construire son petit chemin tranquillement mais très sûrement (depuis cette interview, Arnaud a battu le record du monde d’apnée en poids constant bi-palmes en descendant à 108 mètres de profondeur le 21 mai 2019).

Qu’aimerais-tu dire pour conclure cette interview ?

Je suis un amoureux de la Corse et j’étais à Ajaccio début avril pour former un ami comme instructeur d’apnée, Patrick Poggi. C’est une île que j’aime particulièrement et je m’y suis rendu de très nombreuses fois au cours de ces 10 dernières années. J’ai fait le Nord, j’ai fait l’Ouest avec ses grands golfes, comme celui de Porto ou celui du Valinco, j’ai découvert Bavella, le Cap, c’est une île qui est passionnante d’un point de vue naturel, mais également sur le plan culturel et humain. J'adore y revenir pour l’apnée et ses magnifiques fonds marins, pour ses montagnes. Pour conclure, si j’avais une destination à proposer aux gens pour pratiquer l’apnée, ce serait la Corse !

2018 has been characterized by a work on your image through many conferences, your role as an ambassador for many brands, a state training for the professional supervision of apnea diving, or even many courses. Will the competition come back to the forefront in 2019?

Well yes because I am participating in the next world championships which will take place in Nice in September 2019. The competition is here! I am no longer 20 years old so I no longer have the same expectations. I apprehend the notions of commitment and result with more perspective. I would even say that I have nothing to prove to anyone, but that has always been the case, even as a younger person. The confrontation with the other practitioners has never been my main motivation. I am obviously very happy to have my world championship titles and to have been ahead of the others at a given moment, it would be a lie to say the opposite, but that's not what makes me vibrate in the first place. Self-knowledge and awareness of one's limits are for me components that resonate more. However, the competition remains a good way to get to know me personally and to be in contact with other freedivers because they are very important and festive places for sharing.

Arnaud Jerald is a very promising young talent. Are you guys in touch?

Yes, we are in contact! He is from Marseille as I almost am, because I have lived there for 20 years. Arnaud is characterized by the fact that he was projected onto the front of the stage at a very young age. He is a very mature person who likes to learn from his mistakes and is quite autonomous in his training. In the end, we don't get to know each other very well although he is part of the club I preside over in Marseille the "Massilia Sub". I know that he is currently in Egypt and that he trained in Nice recently or that he rides a lot of mountain bikes in the winter season. He likes to do his program a little alone and lead his boat as he wishes. Arnaud wants to make a living from diving and we have therefore exchanged a lot on the subject together as I am one of the few people who can do it in France. We discussed sponsorship, conferences, related activities to get additional sources of income. We can say that he is slowly but surely blossoming and making his way (since this interview, Arnaud has broken the world record for apnea in constant weight with bi-fins by going down to 108 meters deep on May 21, 2019).

What would you like to say to close this interview?

I am a lover of Corsica and I was in Ajaccio at the beginning of April to train my friend Patrick Poggi as an apnea instructor. It is an island that I particularly love and I have been there many times over the past 10 years. I have been to the North, I have been to the West with its great gulfs such as the one of Porto or Valinco. I discovered Bavella and the Cape. It is an island that is fascinating from a natural point of view but also on a cultural and human level. I love coming back here for freediving and the magnificent seabeds, for the mountains. Finally, if I had a destination to propose to people to practice apnea, it would be Corsica!

Photo : Lionel Makaeiff - Immersion sur l’épave du Liban, île Maïre